Zoo

A la fascination de voir l'animal si près et la satisfaction de pouvoir le photographier succède bien vite le dégoût de la baie vitrée derrière laquelle il piétine, ou dort, lui qui n'est plus du tout sollicité par son environnement. Les enfants crient d'enthousiasme et les adultes appellent les félins et les loups en claquant de la langue. On se sent vivant, on regarde une exposition exotique, on pourra dire qu'on les a vu, en vrai, (et de très près !) ces animaux qui font rêver. Qui nous font rêver. Mais... il y a quelque chose. Quelque chose qui manque. On se sent vivant, mais eux semblent... desséchés. C'est ça le rêve ? Un rêve cloisonné, contrôlé, exposé en vitrine ?

 

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On voulait voir des tigres.

Le tigre nous a trouvé.

Le tigre nous a regardé.

Le tigre m'a regardée.

Le tigre m'a changée.

 

 

 Il fait les cent pas devant la baie vitrée. Il nous regarde. Je veux dire, il nous regarde vraiment. Il cherche notre regard, à nous, touristes en recherche de sensations. La sensation est là, le tigre est là, à quelques pas, il est beau, il est puissant, on frissonne, et on bénit la vitre. Son regard passe sur chacun de nous. C'est nous qui sommes enfermés dans l'étau de son regard. Tandis qu'on se repaît de sa majesté, il nous voit. Plonger dans son regard, c'est plonger dans le Sauvage, comme on l'appelle, ce qui est Indomptable, ce qui est hors de notre contrôle. Plonger dans son regard, c'est laisser cette vague déferlante de vie à l'état brut nous submerger.

Alors on le voit, le défis, dans son regard.

Vas-y, toi qui te croit libre, vis autant que tu le peux ! Et alors, y a plus personne ?

 

 

Il y a des choses, dans la vie. Des rencontres, des expériences, un livre, un film. On peut s'en nourrir. On peut se nourrir de tout ce qui vient de l'extérieur. C'est le principe de la nourriture. Un apport extérieur d'énergie. Tu m'as nourrie. Ce jour-là, tu as posé la brique maîtresse des fondations de mes convictions. Merci.

Alors oui, la photo est floue. Mais le regard, lui, est là.

 

 

 

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Ce gorille nous regardait de côté, marchait en diagonale en faisant semblant de porter son attention sur autre chose. Mais ce faisant, il se rapprochait l'air de rien de la baie vitrée. Et brusquement, il bondissait et se jetait de tout son poids contre la vitre. On pouvait voir très distinctement les empreintes de ses mains et de ses pieds qu'il cognait contre elle.

Je sais que d'un point de vue purement photographique, la dernière est ratée. Mais elle est très parlante. Le gorille nous jette un regard noir, enfin ce n'est plus noir à ce stade, un regard abyssal qui nous renvoie à notre condition de voyeur. On peut voir le reflet de mes mains sur le Canon. Autant vous dire que face à ce regard, figée dans ses yeux dans une attitude de photographe avide, je me suis soudain sentie très... stupide. L'admiration que tous portaient à ce magnifique dos argenté, les flashs crépitants dans une tentative égoïste de paralyser la scène dans une réplique sclérosée, tout est vain. Le roi des montagnes des brumes est emprisonné.

 

 

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ON A FAIM !!!

 

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